Les autres qui brossent leur chien et…

Puis il comprit pourquoi de telles idées lui tournaient dans la tête.
C’était parce qu’il tenait à l’existence de conspirateurs. Il valait beaucoup mieux imaginer des hommes dans une salle enfumée, devenus fous et cyniques à force de privilèges et de pouvoir, en train de comploter en sirotant une fine. Il fallait s’accrocher à ce type d’image, car on risquait sinon de devoir se rendre à l’évidence, que les malheurs avaient pour cause des gens ordinaires, des gens qui brossaient le chien et racontaient des histoires à leurs enfants pour les endormir mais étaient ensuite capables de sortir commettre des atrocités sur d’autres gens ordinaires. C’était tellement plus facile de tout leur mettre sur le dos à eux.
C’était affreusement déprimant de penser qu’eux, c’était nous. Si c’était eux, alors rien n’était la faute de personne. Si c’était nous, qu’advenait-il de moi ? Après tout, je suis l’un de nous. Forcément. Je ne me suis jamais vu comme l’un d’eux. Personne ne se voit jamais comme l’un d’eux. On est toujours l’un de nous. Ce sont eux les responsables des malheurs.

dans [Disque-monde-21]Va-t-en-guerre(1997) Terry Pratchett

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