Léonard, les petits génies et les conséquences…

Le cerveau étonnant de Léonard grésillait du matin au soir de manière alarmante comme une friteuse trop pleine sur le fourneau de la vie. Il était impossible de savoir à quoi il allait bientôt penser parce que l’univers entier le reprogrammait sans cesse. La vue d’une chute d’eau ou d’un oiseau volant à tire-d’aile le propulsait sur une nouvelle voie de spéculations pratiques qui se terminaient invariablement par un tas de fil de fer, de ressorts et un cri : « Je crois savoir où je me suis gouré. » Il avait été membre de la plupart des guildes d’artisans de la ville, d’où on l’avait viré parce qu’il obtenait des notes excessives aux examens ou, dans certains cas, parce qu’il corrigeait les questions. (…) Emprisonné dans l’ambre inestimable, sans cesse en éveil, du cerveau volumineux de Léonard, sous tout ce génie brillant de chercheur se trouvait une espèce d’innocence têtue qu’on qualifierait chez de simples mortels de stupidité. C’était le siège et l’âme de cette force qui, millénaire après millénaire, poussait l’humanité à enfoncer les doigts dans la prise électrique de l’univers et jouer avec l’interrupteur pour voir ce qui se passe – et ensuite à s’étonner du résultat.

(…)

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Vétérini en montrant du doigt un gribouillage de plus. On reconnaissait un homme tenant une grande sphère métallique.

« Ça ? Oh, une espèce de jouet, à vrai dire. Qui met à profit les propriétés étranges de certains métaux par ailleurs parfaitement inutiles. Ils n’aiment pas être compressés. Alors ils font boum. A une vitesse prodigieuse.

— Encore une arme…

— Certainement pas, monseigneur ! On ne pourrait pas s’en servir comme arme ! Mais j’ai pensé qu’elle pourrait trouver sa place dans l’industrie minière.

— Vraiment…

— Pour les fois où on a besoin de déplacer des montagnes.

dans [Disque-monde-21]Va-t-en-guerre(1997) Terry Pratchett

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