Posts for : mars 2015

Les voitures japonaises …

Newton pilotait une Wasabi. Il l’appelait Jesse James, en espérant qu’on lui en demanderait un jour la raison. Il faudrait être un historien très minutieux pour déterminer sans erreur le jour exact où les Japonais, jusque-là considérés comme des automates démoniaques qui copiaient tout ce que produisait l’Occident, devinrent d’habiles et astucieux ingénieurs capables de dépasser l’Occident de cent coudées. Mais la Wasabi avait justement été conçue en cette journée de transition, et elle combinait les défauts traditionnels de la plupart des automobiles occidentales avec une horde de catastrophes imaginatives dont l’absence a fait la gloire actuelle de firmes comme Honda et Toyota. De fait, malgré tous ses efforts, Newt n’en avait jamais vu d’autre que la sienne sur les routes. Pendant des années, et sans grande conviction, il avait chanté à ses amis les louanges du véhicule, de son économie, de son efficacité, dans l’espoir insensé que l’un d’entre eux en achèterait une : on souffre toujours mieux à plusieurs. Read more

Les gens des marais …

Les marais dans cette région du monde sont réputés pour leurs oiseaux mais aussi pour leur dangerosité, vu qu’ils se déplacent en permanence et vite.
La terre ferme est difficile à trouver. Les autochtones vivent sur de grands radeaux qui leur servent à la fois d’abris et de jardins. Les anciennes générations ont les pieds en canard, une particularité physique qu’elles s’efforcent d’encourager auprès de leur progéniture parce que c’est la marque des grands chasseurs des marais. On ne leur connaît pas d’ennemis, sans doute parce que peu de monde tient à s’aventurer dans un marais. Ces gens sont à vrai dire utiles au voyageur, et ils distillent des médicaments extrêmement bénéfiques à partir de la flore et de la faune aquatiques locales, entre autres la miellée sinueuse et la dionée fameuse, dont on peut utiliser le venin pour exécuter de délicates gravures sur métal et dont il faut s’approcher avec une prudence extrême car elle est capable de le cracher à plusieurs mètres.

dans Terry Pratchett – Annales du Disque-Monde 35 – Déraillé

Langues étrangères …

Il savait qu’il existait d’autres langues, mais, comme tout bon Londonien, il s’en méfiait plus ou moins, parfaitement conscient que quiconque n’était pas anglais se révélerait forcément un ennemi tôt ou tard. On ne traînait pas du côté des quais sans détecter, sinon les langues, du moins leurs intonations. Quand on tendait l’oreille, un Hollandais ne parlait pas comme un Allemand, et on reconnaissait toujours un Suédois, évidemment, et les Finlandais se décrochaient la mâchoire quand ils vous parlaient. Il était très exercé pour différencier une langue d’une autre, mais ne s’était jamais soucié d’en apprendre une seule – même s’il savait dès ses douze ans comment se disait « Où est-ce qu’on peut trouver les vilaines dames ? » dans toutes sortes de langues, dont le chinois et plusieurs idiomes africains. Tous les rats de quai savaient cela ; et les vilaines dames pouvaient récompenser d’un quart de penny celui qui orientait les pas d’un gentleman dans la bonne direction. En grandissant, il s’était aperçu que c’était en réalité pour certains dans la mauvaise ; il y avait deux manières de voir le monde, mais une seule quand on crevait de faim.

dans Roublard de Terry Pratchett