À la mémoire de notre civilisation…

Dans un million d’années, il ne restera guère de traces de notre passage sur Terre…
La plus tenace de ces traces sera probablement la couche de plastique dont nous avons recouvert le globe. Extraire le pétrole, le transformer en polymères à longue durée de vie et les éparpiller à la surface de la Terre laisse une empreinte qui a des chances d’être plus durable que toutes les autres. Read more

Einstein, lettre à Eric Gutkind, Janvier 1954 (traduction en fin d’article)

… I read a great deal in the last days of your book, and thank you very much for sending it to me. What especially struck me about it was this. With regard to the factual attitude to life and to the human community we have a great deal in common.

… The word God is for me nothing more than the expression and product of human weaknesses, the Bible a collection of honourable, but still primitive legends which are nevertheless pretty childish. No interpretation no matter how subtle can (for me) change this. These subtilised interpretations are highly manifold according to their nature and have almost nothing to do with the original text. For me the Jewish religion like all other religions is an incarnation of the most childish superstitions. And the Jewish people to whom I gladly belong and with whose mentality I have a deep affinity have no different quality for me than all other people. As far as my experience goes, they are also no better than other human groups, although they are protected from the worst cancers by a lack of power. Otherwise I cannot see anything ‘chosen’ about them. Read more

Le prestidigitateur et le poisson rouge.

La prestidigitation n’a rien de magique, tout y repose sur l’agilité des mains et la grande rapidité des doigts.

Un prestidigitateur faisait un numéro qui arrachait des cris d’horreur incrédules à ses spectateurs. Passant la main derrière lui, il extrayait d’un bocal un poisson rouge et, le tenant par la queue, il le présentait face à son public ; le pauvre petit poisson s’agitait follement mais ne pouvait s’échapper. Read more

Le coiffeur de Troumarec…

Vous voyez cette petite auberge si mal famée ? Non, pas sur le port. Vers le fond, presque hors du village. Voilà !

C’était une fin d’après-midi qui tirait vers la bruine et la pénombre ; l’auberge était à moitié pleine ou, peut-être, presque vide. Ça sentait le hareng — ça sentait toujours le hareng, allez savoir pourquoi — et la vieille cigarette ; le patron était avachi sur son comptoir et la plupart des clients avaient le nez dans leur bolée. Et le vieux Robert, assis sur une table, qui grattait une guitare en chantonnant ; ce qu’il faisait depuis vingt ans au moins, en s’essayant, disait-il, au folklore.

Robert leva la voix et réclama à qui voudrait bien lui payer une bolée. Le grand Gil lui répondit : « Raconte-nous une de tes histoires et si tu nous amuses tu l’auras, sûre, ta bolée ! » et Robert de vite enchaîner sur cette promesse. Read more

De la statue équestre, de son cheval et de son cavalier…

Statue équestre, position des sabots du cheval : si un des sabots est en l’air, le cavalier a été blessé à la bataille ; deux en l’air signifient que le cavalier a été tué à la bataille ; trois, que le cavalier s’est perdu en route pour la bataille, et quatre que le sculpteur était très, très fort. Cinq en l’air signifie qu’il doit y avoir au moins un autre cheval derrière celui qu’on nous montre ; et le cavalier gisant par terre, son cheval couché sur lui, les quatre sabots en l’air, que l’homme n’y connaissait rien en équitation ou qu’il montait une bête au très mauvais caractère.

Pratchett,Terry;Disque-monde;Je m’habillerai de nuit

Les plus belles plantes…

En fait, dans son appartement, Rampa n’accordait d’attention particulière qu’à une seule chose : ses plantes vertes. Elles étaient plantureuses, chlorophyllées, splendides, avec des feuilles brillantes, saines, lustrées.
Pour obtenir un tel résultat, Rampa arpentait l’appartement une fois par semaine avec un brumisateur pour plantes en plastique vert, humidifiait les feuilles et parlait à ses plantes. Read more

Les voitures japonaises …

Newton pilotait une Wasabi. Il l’appelait Jesse James, en espérant qu’on lui en demanderait un jour la raison. Il faudrait être un historien très minutieux pour déterminer sans erreur le jour exact où les Japonais, jusque-là considérés comme des automates démoniaques qui copiaient tout ce que produisait l’Occident, devinrent d’habiles et astucieux ingénieurs capables de dépasser l’Occident de cent coudées. Mais la Wasabi avait justement été conçue en cette journée de transition, et elle combinait les défauts traditionnels de la plupart des automobiles occidentales avec une horde de catastrophes imaginatives dont l’absence a fait la gloire actuelle de firmes comme Honda et Toyota. De fait, malgré tous ses efforts, Newt n’en avait jamais vu d’autre que la sienne sur les routes. Pendant des années, et sans grande conviction, il avait chanté à ses amis les louanges du véhicule, de son économie, de son efficacité, dans l’espoir insensé que l’un d’entre eux en achèterait une : on souffre toujours mieux à plusieurs. Read more

Les gens des marais …

Les marais dans cette région du monde sont réputés pour leurs oiseaux mais aussi pour leur dangerosité, vu qu’ils se déplacent en permanence et vite.
La terre ferme est difficile à trouver. Les autochtones vivent sur de grands radeaux qui leur servent à la fois d’abris et de jardins. Les anciennes générations ont les pieds en canard, une particularité physique qu’elles s’efforcent d’encourager auprès de leur progéniture parce que c’est la marque des grands chasseurs des marais. On ne leur connaît pas d’ennemis, sans doute parce que peu de monde tient à s’aventurer dans un marais. Ces gens sont à vrai dire utiles au voyageur, et ils distillent des médicaments extrêmement bénéfiques à partir de la flore et de la faune aquatiques locales, entre autres la miellée sinueuse et la dionée fameuse, dont on peut utiliser le venin pour exécuter de délicates gravures sur métal et dont il faut s’approcher avec une prudence extrême car elle est capable de le cracher à plusieurs mètres.

dans Terry Pratchett – Annales du Disque-Monde 35 – Déraillé

Langues étrangères …

Il savait qu’il existait d’autres langues, mais, comme tout bon Londonien, il s’en méfiait plus ou moins, parfaitement conscient que quiconque n’était pas anglais se révélerait forcément un ennemi tôt ou tard. On ne traînait pas du côté des quais sans détecter, sinon les langues, du moins leurs intonations. Quand on tendait l’oreille, un Hollandais ne parlait pas comme un Allemand, et on reconnaissait toujours un Suédois, évidemment, et les Finlandais se décrochaient la mâchoire quand ils vous parlaient. Il était très exercé pour différencier une langue d’une autre, mais ne s’était jamais soucié d’en apprendre une seule – même s’il savait dès ses douze ans comment se disait « Où est-ce qu’on peut trouver les vilaines dames ? » dans toutes sortes de langues, dont le chinois et plusieurs idiomes africains. Tous les rats de quai savaient cela ; et les vilaines dames pouvaient récompenser d’un quart de penny celui qui orientait les pas d’un gentleman dans la bonne direction. En grandissant, il s’était aperçu que c’était en réalité pour certains dans la mauvaise ; il y avait deux manières de voir le monde, mais une seule quand on crevait de faim.

dans Roublard de Terry Pratchett

Des Dieux et des Humains…

Il n’existait pas de tradition de saints hommes sur le Causse, mais comme les collines se situaient entre les villes et les montagnes, il y défilait souvent – par beau temps, du moins – une procession de prêtres d’une confession ou d’une autre qui, en échange d’un bon sur le repas ou d’un lit pour la nuit, diffusaient la bonne parole et donnaient aux âmes locales un sérieux coup de brosse à récurer. Dès lors que les prêtres appartenaient à un ordre correct, personne ne se souciait outre mesure de savoir qui était leur dieu tant qu’il – ou parfois « elle », voire « ça » – laissait le soleil et la lune tourner normalement, et qu’il/elle/ça n’exigeait rien de ridicule ni de nouveau. Ça facilitait aussi les rapports quand le prêtre s’y connaissait un peu en moutons.

dans Je m’habillerai de nuit Terry Pratchett 2010

Les Herbes de Mémé…

On a baptisé du nom de simples les herbes communes des dispensaires et des cuisines. Les Herbes de Mémé n’étaient pas des simples. Soit elles étaient compliquées, soit elles n’étaient rien du tout. Et pas question de ces techniques précieuses de mijaurées, avec petit panier et jolie paire de ciseaux. Mémé travaillait au coutelas. Et brandissait un tabouret devant elle. Et elle portait un chapeau, des gants et un tablier de cuir comme seconde ligne de défense.
Elle-même ne savait pas d’où venaient certaines de ses herbes. On s’échangeait racines et graines dans le monde entier, voire plus loin. Certaines plantes avaient des fleurs qui se retournaient sur votre passage, d’autres projetaient leurs épines sur les oiseaux en vol, et plusieurs étaient liées à des tuteurs, non pour éviter qu’elles ne s’effondrent, mais pour garantir qu’elles seraient encore là le lendemain.

Annales du Disque-Monde – N4 – La mer et les petits poissons – Pratchett,Terry

Ce que veulent les dieux…

Si nous le bâtissons, viendras-tu ? songea-t-il. Mais le dieu espéré n’était jamais venu. C’était triste quoique, sur le plan céleste, un peu ridicule. Oui, n’est-ce pas ? Moite avait entendu dire qu’il existait peut-être des millions de petits dieux à circuler dans le monde, à vivre sous des rochers, à rouler comme des amarantes poussées par le vent, à s’accrocher aux branches les plus hautes des arbres… Ils attendaient le grand moment, le coup de chance qui pourrait se concrétiser par un temple, des prêtres et des fidèles bien à soi. Mais ils n’étaient pas venus ici, et on comprenait aisément pourquoi.
Les dieux voulaient de la croyance, pas de la pensée rationnelle.
Commencer par bâtir le temple, c’était comme donner une superbe paire de chaussures à un cul-de-jatte. Bâtir un temple ne signifiait pas qu’on croyait aux dieux, seulement qu’on croyait à l’architecture.

dans Annales du Disque-Monde – 32 – Monnayé – Pratchett,Terry